Le secteur minier, source de création d’emplois au Mali
- Fatou Ouologuem
- 1 juil.
- 8 min de lecture
Une interview de Famakan Sissoko, Chargé des Ressources Humaines
Le secteur minier est l’un des secteurs qui recrutent le plus au Mali et se positionne comme un pilier de l’économie malienne. Pourtant, il reste souvent méconnu de ceux qui cherchent à y entrer : ses codes, ses attentes, ses réalités de terrain.
Pour cette douzième édition, qui clôture ma première année d’écriture, j’ai souhaité donner la parole à Famakan Sissoko, Chargé des Ressources Humaines. Ami et pair RH, il fait partie de mon lectorat depuis le début : de ceux qui ne se contentent pas de lire, mais qui interagissent, questionnent, et enrichissent la réflexion à chaque édition.
C’est cette même générosité intellectuelle qu’il apporte ici, en acceptant de répondre à ces questions avec franchise pour offrir à la jeunesse malienne un regard de l’intérieur.
I. Famakan et son parcours
Dis-nous qui tu es : ta formation, ton parcours, et comment tu es arrivé là où tu es aujourd’hui dans le secteur minier.
Je suis titulaire d’une licence professionnelle en Ressources Humaines obtenue en 2016, ainsi que d’une maîtrise en anglais : deux formations qui, combinées, ont posé les bases de mon profil RH.
Mon parcours professionnel a débuté en mars 2021 par un stage en RH dans le secteur de l’hôtellerie. Une première immersion qui m’a permis d’avoir une expérience terrain. J’ai ensuite rejoint un cabinet de conseil RH en qualité de prestataire de services, où j’ai accompagné le cabinet dans son implantation au Mali, une expérience qui m’a rapidement confronté aux réalités du conseil et du développement organisationnel sur le marché local.
Je suis retourné par la suite dans l’hôtellerie, cette fois en tant qu’assistant RH, dans le cadre d’un CDD de presque deux ans. À l’issue de ce contrat, j’ai candidaté sur une offre LinkedIn pour un poste d’assistant RH dans le secteur minier, un secteur que je ne connaissais pas, mais vers lequel quelque chose m’a poussé à tenter ma chance.
Cela fait aujourd’hui deux ans et demi que j’évolue dans ce secteur. Et autant le dire d’emblée : c’est un monde plein de surprises.
Tu avais un profil RH sans expérience préalable dans le domaine minier. Quand tu as postulé, quelles compétences as-tu choisi de mettre en avant pour convaincre ? Qu’est-ce qui a fait la différence selon toi ?
N’ayant aucune expérience dans le secteur minier, j’ai fait le choix de miser sur ce que je maîtrisais réellement et de le défendre avec conviction. Trois éléments ont structuré mon argumentaire : ma connaissance en gestion du personnel, qui constituait un prérequis non négociable pour la prise de poste, ma capacité à gérer les conflits, et mon niveau en anglais : une compétence stratégique dans un secteur où les interlocuteurs sont souvent internationaux.
L’entretien a d’ailleurs été conduit en anglais par un recruteur sud-africain. Ce n’était pas confortable. Mais j’ai tenu. Et au fur et à mesure de l’échange, j’ai senti que le recruteur percevait quelque chose d’important : non pas la perfection, mais la capacité d’adaptation.
À cela s’est ajoutée la connaissance de la législation du travail, un atout que je n’avais pas mis en avant d’emblée, mais qui a visiblement pesé dans la balance.
À l’issue de l’entretien, le recruteur m’a donné un feedback immédiat sur la pertinence de mon profil, mais aussi sur les axes d’amélioration. Une pratique rare, et que j’ai profondément appréciée.
Et puis il y a eu ce moment que je n’oublierai pas.
Le recruteur m’a posé une question en apparence anodine : « Quel est le salaire le plus élevé dans votre entreprise actuelle, et pour quel poste ? »
J’ai répondu sans hésiter : cette information est strictement confidentielle, je ne suis pas en mesure de la divulguer.
Sa réponse m’a surpris : « C’était un test. Je voulais savoir si vous étiez capable de garder des informations sensibles sans les divulguer. »
Dans le secteur minier et plus particulièrement en Ressources Humaines, la discrétion est une condition d’exercice.
II. Le secteur minier de l’intérieur
Quel est le profil type recherché par les entreprises minières au Mali ?
Le secteur minier recrute sur un spectre très large de profils. Les offres les plus nombreuses vont aux profils techniques : géologues, mécaniciens, plombiers, électriciens, opérateurs d’engins lourds. Ce sont eux qui constituent le gros des recrutements annuels. Mais le secteur a aussi besoin de profils support : RH, finance, logistique, HSE.
Au-delà des compétences techniques, quelles sont les aptitudes humaines et comportementales qui font vraiment la différence ?
Au-delà des compétences techniques, trois aptitudes comportementales sont, à mon sens, absolument déterminantes :
• L’assiduité : Sur un site minier, les horaires ne sont pas une suggestion, elles sont respectées à la lettre. Le réveil sonne au plus tard à 5h. À 6h, c’est le petit-déjeuner. À 6h30, le déplacement vers le site commence.
À 7h, tout le monde est présent pour le meeting journalier. À 7h30, chacun est à son poste et répond de ses responsabilités. La pause déjeuner s’étend de 11h50 à 13h. La fin de journée est fixée à 16h pour certains profils. Pour d’autres, les journées sont de 12 heures. Ce rythme n’est pas négociable.
• Le respect des consignes de sécurité : C’est peut-être la règle la plus absolue du secteur. Le port des EPI (équipements de protection individuels) est une obligation. Pas une recommandation. Pas un rappel à l’ordre. Une obligation.
Et le manquement à cette règle a une conséquence unique, quelle que soit votre ancienneté, vos compétences ou votre niveau d’importance sur le site : le licenciement. Ici, la sécurité est une ligne rouge.
• La capacité d’adaptation à la vie en zone reculée et à la diversité : Travailler dans une mine, c’est adopter un mode de vie. Sur site, les déplacements sont limités. On vit en communauté, souvent avec des personnes issues de cultures et de coutumes très différentes de ce qu’on connaît en capitale. Et cette diversité va bien au-delà du cadre local. Sur un site minier, on croise des dizaines de nationalités. Des cultures, des ethnies, des religions qui cohabitent au quotidien. Ce brassage est une richesse à condition de l’aborder comme tel. Apprécier la différence n’est pas un bonus. C’est une compétence à part entière. Dès le recrutement, il existe d’ailleurs une obligation explicite de respecter les codes de la communauté locale. Ce n’est pas optionnel. C’est une condition d’intégration et de respect mutuel.
La main-d’œuvre dans les mines maliennes est-elle majoritairement locale ou étrangère ?
Depuis l’adoption de la loi n° 2023-041 du 29 août 2023, le Mali a instauré une législation connue sous le nom de « Contenu local ». Elle désigne l’ensemble des dispositions et mesures qui exigent des entreprises minières qu’elles donnent la priorité aux nationaux, aux communautés locales, aux entreprises nationales et aux matériaux produits localement dans l’exécution de leurs activités.
Le respect de cette loi est supervisé par le Secrétariat Permanent du Contenu local (SPCL), l’organe dédié au contrôle de la politique minière en matière de Contenu local.
• Du début des opérations minières jusqu’à la 3 ème année : le personnel étranger ne peut pas dépasser 10 % de l’effectif total, ni 30 % de la masse salariale.
• De la 3ème à la 6ème année : ce plafond descend à 5 % du personnel étranger et 20 % de la masse salariale.
• Au-delà de la 6ème année : la réduction se poursuit progressivement pour atteindre la pleine participation malienne.
La loi prévoit un quota minimum de 95 % de personnel local pour la direction, le personnel technique et courant et jusqu’à 97 % en phase de réhabilitation et de fermeture du site.
L’objectif est explicite : renforcer l’intégration des Maliennes et des Maliens dans le secteur minier à tous les niveaux : opérationnel, technique et managérial.
Pour les professionnels RH qui opèrent dans ce secteur, cette loi a un impact direct sur la politique de recrutement, la gestion des effectifs et la planification des compétences. Elle oblige les entreprises à anticiper, à former, et à investir dans les talents locaux.
C’est une opportunité réelle pour la jeunesse malienne. Et une contrainte structurante pour les entreprises qui doivent désormais construire leurs équipes différemment.
III. Perspectives
Quelles sont les évolutions possibles pour quelqu’un qui entre dans le secteur minier ?
Le secteur minier est, à mon sens, l’un des rares secteurs où l’évolution peut être aussi rapide que méritée.
Mon expérience personnelle en est la meilleure illustration. Je suis arrivé en tant qu’assistant RH sous CDD et six mois plus tard, j’étais promu chargé RH et mon contrat était converti en CDI.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est l’autonomie qui est venue avec. Sur un site minier, vous êtes le référent. Les décisions, l’organisation, la gestion des situations complexes tout repose sur vous. C’est exigeant. Mais c’est aussi une école de responsabilité comme peu d’environnements peuvent l’offrir.
Est-ce un secteur où l’on peut construire une carrière sur le long terme, ou plutôt un tremplin vers autre chose ?
Ma réponse est oui et sans hésitation, on peut construire une carrière sur le long terme. À condition d’y entrer avec les bonnes dispositions : l’envie d’apprendre, la capacité à s’adapter, et l’humilité de comprendre que ce monde a ses propres règles.
Comment vois-tu les perspectives d’emploi dans le secteur minier malien dans les prochaines années ? Et quels sont les défis à anticiper ?
Le secteur minier est, sans conteste, le secteur le plus prometteur du Mali en termes de création d’emplois dans les prochaines années. Et cette année en est la démonstration concrète. Rien qu’en 2026, plusieurs nouvelles sociétés minières ont ouvert leurs activités : Toubani Resources à Kobada, Roscan Gold à Kéniéba, Cora Gold à Yanfolila. Et ce n’est pas tout, d’autres sont encore prévues.
Le ministère du secteur minier a publié une liste de permis d’exploitation qui laisse entrevoir un pipeline d’activité significatif pour les années à venir. Chaque nouvelle mine, c’est une chaîne entière d’emplois directs et indirects qui se crée.
Les signaux sont donc encourageants. Mais ils s’accompagnent de défis réels qu’il serait malhonnête de taire.
• Le premier défi : la stabilité politique et sécuritaire
Les entreprises minières présentes au Mali évoluent dans un contexte d’insécurité qui pèse sur leurs décisions. Certaines hésitent à investir davantage. D’autres surveillent l’évolution de la situation avant de s’engager sur de nouveaux sites. C’est une réalité du terrain que tout candidat au secteur doit avoir en tête.
• Le deuxième défi : la formation professionnelle
Le secteur a besoin de profils techniques : mécaniciens, électriciens, plombiers, opérateurs d’engins lourds, techniciens de maintenance. Or, ces profils restent insuffisamment formés au Mali. Il y a là un vrai chantier à ouvrir : développer des formations professionnelles ciblées, axées sur les métiers que le secteur minier recrute réellement. C’est un enjeu pour les entreprises, mais aussi pour l’État et les établissements de formation.
Si tu devais donner un seul conseil à un jeune Malien qui souhaite intégrer le secteur minier, ce serait lequel ?
Mon conseil est simple : crois que c’est possible.
Beaucoup de jeunes Maliens regardent le secteur minier de loin, convaincus que les portes ne s’ouvrent qu’à ceux qui ont les bonnes connexions. C’est une idée reçue qu’il faut déconstruire.
Ce qui ouvre les portes dans ce secteur, ce n’est pas le réseau. C’est la pertinence de votre formation au regard des besoins réels du secteur et la démarche individuelle que vous mettez en œuvre pour y accéder (chercher les offres, postuler, se préparer aux entretiens, travailler son anglais, se former aux métiers techniques que le secteur recrute réellement).
J’en suis moi-même la preuve. Je n’avais aucune expérience dans le domaine minier. Aucune connexion particulière dans ce secteur. J’ai vu une offre sur LinkedIn. J’ai postulé. Et j’ai préparé cet entretien comme si c’était le plus important de ma carrière.
Un an. Douze éditions. Et vous, tout au long du chemin.
Que vous soyez là depuis le début ou arrivés en cours de route, merci. Le Pouls RH bat aussi grâce à vous.



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